Bonjour,
Une chose est sûre : Catherine a su créer et entretenir le buzz ces derniers mois sur les sites de jeux vidéo, depuis sa présentation, grâce notamment à des grands noms de la création, à la production comme au casting de doublage ; une coloration un peu coquine (son producteur le présente comme “un jeu pour adultes”) et un flou artistique autour des tenants réels du jeu et notamment l’étendue de son gameplay. Mais comme avec tous les jeux à buzz, on peut se poser la question de manière légitime : y a-t-il un vrai contenu derrière cette belle façade, ou tout cela n’est-il qu’une vaste opération marketing réussie ? Catherine est une production qui me rappelle fortement un mix entre Bayonetta et No More Heroes : nouvelle licence, ton impertinent, choix esthétiques de la génération années 2000, mais filiation évidente avec une vision japonaise vieillissante du jeu vidéo. Le jeu d’Atlus, ceci dit, semble faire des choix de gameplay gonflés, parfois même abscons.
Vincent, 32 ans et sa petite amie Katherine sont ensemble depuis 5 ans et il semble que la question du mariage, inspirée par la donzelle, va être rapidement difficile à éluder. La nuit, il commence à faire des cauchemars dans lesquels il se fait poursuivre par une Katherine maléfique. Un soir Vincent boit seul dans un bar et… se réveille le lendemain matin avec une petite blonde dans son lit, Catherine. Parallèlement, les médias révèlent une série de mystérieux décès d’hommes dans leur sommeil. Catherine semble être exactement l’opposée de Vincent. Cette blonde de 22 ans est la personnification du sex-appeal. Elle a tôt fait de faire du rentre-dedans à Vincent. Ce dernier ne semble pas s’en plaindre tant qu’il peut rester passif. D’ailleurs, est-on certain que Catherine soit réelle ? Ne s’agit-il pas d’une manifestation de l’inconscient de Vincent ? Ce qui est certain, c’est qu’on est loin du type de jeux dans lesquelles des héros machos sauvent de frêles demoiselles. Ici, l’homme fort est une femme et même s’il ne s’agit pas de combattre – à priori- des hordes de monstres, c’est quand même par Catherine que Vincent sera sauvé.
Le jeu Catherine semble vraiment surréaliste, mais seulement dans les séquences de rêve : il alterne grotesque, images sexuellement chargées et éléments horrifiques, le tout nimbé de symboles plus ou moins bizarres. Apparemment, les créateurs du jeu semblent avoir développé une réelle fascination pour les escaliers et les moutons. Que représentent les moutons ? À dire vrai, la présence de moutons peut s’expliquer à la fois par la symbolique de virilité véhiculée par l’animal ainsi que par le fait que cet animal suit le troupeau. Ou bien parce que c’est un animal sympa à dessiner. Ou pas du tout si ça se trouve. Il n’est pas vraiment étonnant qu’un studio comme Atlus se soit lancé dans un projet aussi étrange que Catherine. Déjà connu pour Etrian Odyssey et Shin Megami Tensei, ce studio est souvent qualifié d’avant-gardiste au Japon. Le genre JRPG qui a parfois tendance à stagner trouve régulièrement chez Atlus un second souffle.
En ce qui concerne le gameplay Catherine mêle quelques éléments de RPG à une progression par niveau segmentée. Il s’agira souvent d’aider Vincent, le héros, à combattre ses propres démons : on se retrouve dans un monde onirique devant une espèce de Mahjong gigantesque que notre héros Vincent va devoir escalader en poussant des cubes. Il n’a vraiment pas l’air fin, le Vincent, avec ses cornes sur la tête et son oreiller sous le bras. Bref, après avoir atteint le sommet, on s’échappe par un petit portail juste à temps pour ne pas se faire écrabouiller par des mains démoniaques au vernis à ongle vert, tenant une fourchette à spaghetti. En effet, si le cours de l’action peut être influencé par le comportement du joueur – il ne s’agit pas seulement de passer un défi, la question est de savoir comment Vincent se comporte face à ses fantasmes.
Classiquement, il faudra parfois se déplacer en ville et parler à des gens pour en apprendre plus. Il y aura aussi des dialogues avec Catherine. Le jeu rappellera sans doute quelque chose aux fans de Persona 4 mais il semblerait que la frontière qui existait entre fiction et réalité dans ce jeu sera ici plus ténue. Les actions de Vincent dans ses rêves influeront sur le monde réel et réciproquement. Il sera ainsi possible de mourir dans un rêve. Pour l’instant, Catherine est prévu au Japon, mais tout reste possible. On ne connait pas la position de l’éditeur en ce qui concerne le marché européen. Aux États-Unis, il est probable que le jeu ne sortira pas. Tirer sur tout ce qui bouge et tuer à tour de bras dans certains jeux vidéo ne pose pas trop de problèmes aux ligues de vertus, mais le sexe leur reste toujours en travers de la gorge. Atlus s’était déjà aventuré sur le terrain du flirt et de la psychologie avec Shin Megami Tensei. Avec Catherine, le studio souhaite aller encore plus loin.
La société japonaise est remise en question dans ce jeu ou l’on voit les déboires de Vincent : ses heures supplémentaires impayées, l’inquiétude de ses parents face à son concubinage, et leur attente de petits-enfants… Des discours typiques qu’on entend constamment dans les dramas japonais. Car la dénatalité est un vrai fléau pour la société japonaise. Forts du taux de natalité le plus faible au monde, les jeunes japonais rebelles ne veulent plus se marier ni avoir d’enfants, allez savoir pourquoi… mais cela influence toute la production du pays, y compris ce Catherine, semble-t-il. Son univers sombre, parfois même gore, interpelle grâce à l’apport d’un humour décalé et burlesque. Pour ceux qui s’attendraient à un titre ouvertement sexy, flirtant avec le vulgaire, il n’en est rien. Au contraire : j’ai eu comme un arrière-goût d’Audition de Takashi Miike, une sorte de fantasme cristallisé autour de la peur des femmes. L’ensemble se révèle ainsi suffisamment prenant pour définitivement attiser notre curiosité, et donne vraiment envie de découvrir ce jeu en import.
Sayonara !
Psycho Ben.










Commentaires récents