Rage se déroule plus d’un siècle dans le futur, après une collision dévastatrice entre l’immense astéroïde Apophis et la Terre. Ayant prévu la catastrophe, les gouvernements de la planète avaient préparé un programme d’arches enterrées, programmées pour accueillir des survivants en hibernation et les préserver pendant environ un siècle après l’impact de 2029. Le joueur est un de ces survivants se réveillant dans ce nouveau monde, où il découvre rapidement qu’entre temps, l’humanité n’a pas disparu, mais que tout ne s’est pas exactement déroulé selon le plan. Dès la sortie de son arche, il est recueilli par un autochtone ayant décidé de le protéger, et qui l’avertit du danger qu’il court, les rescapés étant recherchés par l’énigmatique Autorité. Sans être exceptionnellement passionnante, l’histoire de Rage est cependant engageante et bien narrée. Le joueur découvre peu à peu le monde du jeu en même temps que son personnage, par le biais des quêtes et de courts dialogues non-interactifs avec les habitants, ainsi qu’en étant attentif aux indices laissés dans l’environnement et aux conversations dans les villes. Ainsi, chacun aborde l’univers à son rythme sans jamais être assommé de détails superflus, mais il peut arriver que les motivations de son personnage soient floues si l’on s’est concentré sur l’action sans prêter attention à l’intrigue. Dans l’ensemble, la narration reste cependant réussie même si la structure du scénario est un peu décevante : le jeu a une longue introduction durant laquelle on rend service à différents personnages, avant de se retrouver réellement dans l’intrigue principale qui se révèle bien courte, et se conclut sur une fin logique mais mal amenée et bien peu satisfaisante et qui aurait mérité un réel épilogue. Rage a ainsi un univers relativement intéressant, mais on n’y jouera pas pour son histoire assez manichéenne et simpliste, qui n’a rien d’exceptionnel.
La conception de Rage est semi-ouverte : Le jeu est organisé autour de missions successives confiés par des personnages que l’on rencontre dans les villes. Celles-ci abritent également un magasin, un bar, des habitants pouvant donner des missions secondaires ainsi qu’un tableau où sont affichées les autres quêtes optionnelles. Et c’est également dans les villes telles que Wellspring que l’on a accès aux courses. Une fois que l’on y a accepté une quête, reste à récupérer son véhicule pour aller rejoindre le lieu de la mission. Pour ce faire, direction le garage où l’on embarque dans un véhicule bien utile pour détruire les voitures des bandits que l’on rencontre en chemin. Une fois arrivé à destination, on débute alors une mission se déroulant dans un décor linéaire, et commence alors la vraie partie FPS. On pourra parfois revisiter les lieux lors de missions secondaires, qui parviennent habilement à éviter la répétition en faisant parcourir le niveau dans un sens différent ou en présence d’un autre type d’ennemis. Des petits à cotés plus ou moins intéressants existent en parallèle, sous la forme de mini-jeux largement basés sur le hasard auxquels il est possible de s’adonner dans les villes. Et Mutant Bash TV permet d’aller tirer sur des monstres sous l’œil de caméras dans des arènes fermées, contre monnaie sonnante et trébuchante. Les courses quant à elles ne se contentent pas d’être divertissantes, elles permettent aussi de gagner des certificats qui sont les seuls titres permettant d’acheter des améliorations pour ses véhicules. Ces dernières sont utiles tant pour les courses elles-mêmes que pour parcourir le désert où un blindage et des lance-roquettes sont toujours bien pratiques (voire indispensables) face aux bandits et à leurs véhicules. Et certaines courses bien précises permettent de gagner un nouveau type de véhicule nécessaire pour progresser dans l’histoire. Ensuite, selon l’intérêt que l’on a pour la conduite, on pourra passer plus ou moins de temps sur les circuits qui proposent des courses avec et sans armes, ainsi que des rallye où il faut rejoindre des points déterminés avant les joueurs adverses.
Du coup, Rage n’est pas un FPS tout à fait comme les autres, mêlant à la fois action dans des niveaux linéaires, conduite et exploration dans un désert assez ouvert et interactions diverses dans les villes. Le mélange semblera familier aux amateurs de FPS-RPG, les mécaniques de jeu de rôle en moins, la conduite en plus, et il est agréable si l’on apprécie le mélange des genres et les titres tentant de présenter un univers cohérent. Mais les amateurs d’action pure pourront être frustrés par des séquences de combat qui, en particulier durant la première partie du jeu, sont assez courtes et entrecoupées par les aller-retour nécessaires pour passer à la mission suivante. De plus, il ne faudra pas non plus espérer un défi digne de ce nom sur PC, la difficulté du jeu y étant très faible. Ainsi, entre les bandages permettant de regagner instantanément sa santé, et l’existence du défibrillateur faisant revenir à la vie, on ne meurt pour de bon que très rarement. Car même si le défibrillateur se recharge en dix minutes, c’est souvent largement suffisant pour couvrir toutes les imprudences, et on en obtient rapidement un deuxième qui permet de se réanimer deux fois de suite. Le gameplay du jeu se révèle particulièrement réussi, en donnant beaucoup d’options au joueur. Car, chose rare de nos jours, on garde en permanence toutes les armes de son arsenal sur soi, ce qui permet de disposer à tout moment d’une large variété d’engins de mort permettant de changer d’approche lors d’un combat. De plus, Rage inclut de l’artisanat, qui n’a rien d’indispensable mais permet de s’amuser un peu avec les ennemis. Il est ainsi possible de créer des tourelles, un robot équipé d’une mitrailleuse, en encore des voitures télécommandées explosives. Et certains plans récupérés au fil de l’aventure permettent de concocter des recettes augmentant la régénération des dégâts, ou de fabriquer soi-même des munitions plus puissantes.
Visuellement, Rage est très inégal, principalement à cause de l’utilisation des megatextures. De manière générale, les environnements en extérieur et les villes sont magnifiques, grâce à cette nouvelle technologie, qui permet à chaque m² d’être recouvert d’une texture unique. Les skybox sont aussi très belles, et conduire à travers le désert est un vrai plaisir pour les yeux face à des paysages très détaillés. Mais cela a un certain prix, en particulier lorsqu’il s’agit en parallèle de maintenir une fréquence de soixante images par seconde sur consoles. L’essentiel de l’éclairage est précalculé et stocké dans les textures, qui se révèlent souvent assez grossières en intérieur. En effet, si la megatexture est parfaite pour afficher des canyons magnifiques, id Software semble avoir été obligé de réduire la finesse dans les bâtiments ce qui donne des décors allant du correct au grossier. Rien de catastrophique, mais l’œil attentif remarquera que sous de nombreux aspects, le jeu emploie des techniques utilisées il y a huit ans et abandonnées depuis. Et pour le béotien, énormément d’éléments manquent de finesse. Mais c’est quelque chose qu’on aura tendance à pardonner face à la diversité visuelle affichée dans les villes ainsi qu’en extérieur. Les animations des ennemis au combat sont très réussies et fluides, mais on ne peut en dire autant des personnages lors des dialogues, qui animés à la main, ont des gestes assez caricaturaux, et des animations faciales bien pauvres. C’est dommage. Plus ennuyeux, hormis pour la gestion des ragdolls et quelques rares éléments, la physique semble être aux abonnés absents, et il n’y a quasiment rien de destructible dans les décors de Rage.
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